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Loubna Azghoud : « Nous nous mettons des barrières là où il faudrait foncer »

Loubna Azghoud a plus d’une corde à son arc. Après avoir fait une carrière dans le paramédical en tant qu’infirmière, elle a décidé de se lancer dans la vie politique qui l’a mené sur les pas de l’entrepreneuriat. L’ABPM a interviewé cette femme aux mille facettes qui a pour seul fil conducteur, l’humain. Rencontre.

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 Pouvez-vous vous présenter auprès des personnes qui ne vous connaissent pas encore ?

Je m’appelle Loubna Azghoud. Je suis aujourd’hui, gestionnaire de l’entrepreneuriat féminin chez Impulse et également coordinatrice de la plateforme Women in Business.

Vous avez commencé votre carrière dans le domaine paramédical en tant qu’infirmière ensuite en tant que coordinatrice d’études cliniques internationales. Qu’est-ce que cela vous a apporté au niveau humain et professionnel ?

J’ai eu un parcours assez atypique. J’ai d’abord effectué des études en soins infirmiers.  J’ai toujours souhaité m’investir dans des causes collectives, j’étais spécialisée en recherche clinique et travaillais comme Coordinatrice de recherche contre le cancer en gynécologie. J’aimais bien aider les autres, me sentir utile dans ma profession et servir l’intérêt commun. Cette expérience fut riche en enseignement et en émotion.

“ Je devais comprendre les mécanismes de notre société afin d’être moi-même un acteur de changement”

Plus tard, vous donnez un tournant à votre vie en reprenant des études en sciences politiques et économiques. Pourquoi cette reconversion? Vous vouliez vous lancer un nouveau challenge ?

Grande idéaliste que je suis, j’ai entamé un Master en Sciences Politiques et Économiques à l’UCL en horaire décalé. J’ai dû changer de job afin d’avoir des horaires qui m’ont permis de me libérer les soirs et les weekends pour suivre mes cours. J’ai donc été infirmière dans la plus grande crèche d’Europe (400 enfants, Clovis de la CEE) et par la suite directrice de crèche dans les Marolles à Bruxelles. Une époque passionnante pleine de défis en soutien à la parentalité.

Au-delà d’être un challenge, j’ai eu un déclic. L’hôpital où je travaillais avait bénéficié à l’époque d’une nouvelle politique budgétaire de santé qui a permis de nouveaux projets bénéfiques pour nos patientes et leurs familles. Ce jour-là, j’ai réalisé que la politique pouvait activer des leviers importants qui touchent des milliers de personnes. Mon rôle d’infirmière ne suffisait plus pour aider les autres. Je devais comprendre les mécanismes de notre société afin d’être moi-même un acteur de changement.

“J’ai une soif d’apprendre chaque jour”

Vous êtes une femme d’engagement. Cette reconversion vous a mené dans la vie politique. Que tirez-vous de cette expérience ?

J’ai observé les partis politiques pendant plus d’un an.  Je me suis engagée avec le parti humaniste car ce parti correspondait à mes valeurs, à ce moment-là. Je me suis d’abord engagée chez les jeunes humanistes. Les élections approchant, les choses se sont matérialisées rapidement. J’ai très vite été repérée par les ténors du parti à Bruxelles. Je finissais mon Master et ai effectué les élections de 2012 à la ville de Bruxelles. C’était une riche expérience. Mon objectif était d’apprendre et de ne pas être élue afin de me préparer pour la suite.

Après les élections de 2014, j’ai suivi mon Ministre qui a changé de Ministère et est passé à l’Enseignement, la Culture et l’Enfance.  J’ai été conseillère en enfance et en santé puisque j’avais déjà travaillé en crèche et ai été infirmière. Je traitais de dossiers concernant la santé mère-enfant, la vaccination et tout ce qui se référait à l’accueil de la petite enfance dans les crèches.

Mon passage au Cabinet de l’Économie et de l’Emploi bruxellois ne m’a pas laissé indifférente également. Le dynamisme et la multiculturalité du tissu entrepreneurial bruxellois m’a séduit.  Afin de mieux comprendre les rouages d’une entreprise mais aussi consolider toutes les compétences que j’avais acquises tout au long de ma vie professionnelle, j’ai entamé un Executive Master en Management à Solvay Brussels School Economics & Management, toujours en horaire décalé. J’ai une soif d’apprendre chaque jour.

“Ma carrière professionnelle a un fil conducteur qu’est l’humain et le bien commun”

Pour vous, l’entrepreneuriat se conjugue au féminin. Aujourd’hui, vous travaillez pour Impulse Brussels et gérez le portail Women in Business. Pouvez-vous nous parler de  cette plateforme ?

J’ai souhaité me réorienter professionnellement, mais c’est difficile pour une personne engagée comme moi de trouver le job qui convient. En voyant l’annonce d’Impulse sur un site de recrutement, j’ai tout de suite su que ce poste était pour moi ! Cela me permettait de continuer mon engagement pour l’égalité entre les hommes et les femmes, l’empowerment des femmes, et en même temps faisait appel à des compétences économiques. C’était le job rêvé car il a un impact sociétal fort et une vraie cause qu’est la promotion des femmes dans l’entrepreneuriat.

Aujourd’hui, chez Impulse, nous souhaitons stimuler quatre focus pour la promotion de l’entrepreneuriat féminin. L’un porte sur la promotion des rôles modèles et du mentorat. Il est capital de donner de la visibilité aux femmes entrepreneuses et de montrer ainsi des modèles de réussite pour inspirer les femmes qui sont encore hésitantes d’entreprendre.

La sensibilisation des femmes aux nouvelles technologies est, également, un focus important. Il est essentiel que les femmes prennent part à la quatrième révolution industrielle, celle du numérique et de la transformation digitale. Celle-ci ne peut se faire sans la moitié de la population. La transformation numérique affecte tous les métiers et impose de reconsidérer tout autant l’offre de formation, que de préparer les citoyens aux nouveaux métiers.

Vous est-il déjà arrivé de faire le point et de regarder  derrière vous afin de faire un bilan de votre carrière professionnelle ?

Oui, forcément comme les secteurs dans lesquels j’ai été amené à travailler étaient totalement différents. Ma carrière professionnelle a un fil conducteur qu’est l’humain et le bien commun. Toutefois, il est important dans une vie de regarder derrière soi. Pour ma part, je peux dire que j’ai été jusqu’au bout de ce que je pouvais faire où j’ai été. Je n’ai jamais causé de tort à personne.  Je n’ai jamais trahi les convictions qui sont les miennes.

Vous faisiez partie de la délégation qui a participé à la mission économique à Istanbul co-organisée par l’ABPM à l’occasion de la MÜSIAD Expo. Que tirez-vous de cette expérience ?

C’était extraordinaire. J’ai participé à la mission économique car nous avons un projet avec Women in Business de créer un réseau international afin de permettre aux femmes bruxelloises entrepreneuses d’avoir des contacts à l’étranger et avoir une facilité à l’export beaucoup plus intéressante.  Nous travaillons sur ce projet avec Brussels Invest & Export.

L’idée était également de créer des contacts avec des femmes, cheffes d’entreprise en Turquie. C’était passionnant. J’étais venue avec mon regard occidental, nourri de préjugés par rapport à tout ce que l’on peut entendre dans les médias. Je me suis rendue compte, sur place, que c’était vraiment un pays extraordinaire. Les femmes sont dotées d’un dynamisme incroyable au niveau de l’entreprenariat. Pour vous dire, à la chambre de commerce d’Istanbul, un programme entrepreneurial est destiné aux femmes rurales. Même dans les régions reculées, il y a une possibilité aux femmes turques d’entreprendre.

Au niveau humain également, ils développent des programmes pour permettre l’émancipation à ces femmes qui vivent dans les milieux ruraux afin de les aider à sortir de l’isolement et créer de la valeur économique. Ils ont également un pôle féminin où sont réunies toutes les femmes, cheffes d’entreprise d’Istanbul. Chez Müsiad aussi, ils ont un pôle dédié à l’entrepreneuriat féminin. Il y a donc des possibilités de créer des points de convergences avec ces structures. Ce qui m’a interpellé également, c’est leur ouverture sur le monde et la proactivité des entrepreneurs turcs.

Avec mes yeux de Bruxelloise, je me suis dit que nous sommes trop limités. Nous sommes pleins de préjugés. Nous nous mettons des barrières là où il faudrait foncer.  A l’heure de la globalisation, des nouvelles technologies, il faut davantage s’ouvrir au monde.

Si vous deviez décrire l’ABPM en un mot ou en une phrase ?

 J’ai beaucoup d’affection pour l’ABPM. L’ABPM m’évoque beaucoup de générosité. Il y a beaucoup de personnes derrière votre association qui travaillent pour aspirer à une société plus juste. C’est également beaucoup de cœur avec un professionnalisme incroyable.

Un conseil pour réussir dans la vie ?

Il faut avoir de l’audace et il ne faut pas s’arrêter aux portes qui se ferment. Il faut continuer à les enfoncer jusqu’au moment où elles vont s’ouvrir parce que nous ne sommes pas seuls. J’ai un parcours atypique et j’ai dû surmonter certaines épreuves pour arriver à ce que je voulais être. Il faut être passionné et aller jusqu’au bout car un jour ou l’autre, les efforts seront récompensés.

 Propos recueillis par Mouâd SALHI

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