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Des PME d’allochtones aussi vivaces que fragiles

A Bruxelles, il y a davantage d’entrepreneurs allochtones qu’autochtones. Un entrepreneuriat surtout par dépit. Un criant besoin de décloisonnement.

  • Taoufik Amzile, président de l’Association belge des professionnels musulmans. © D.R.
    Taoufik Amzile, président de l’Association belge des professionnels musulmans. © D.R.

La plupart des entrepreneurs d’origine musulmane ne voient pas l’intérêt d’adhérer à l’UCM, BECI ou la FEB. Il y a une forme d’autocensure  », déplore Taoufik Amzile, président de l’ABPM, l’Association belge des professionnels musulmans (au sens sociologique du terme), dont une des missions est de promouvoir l’entrepreneuriat comme moteur d’épanouissement et de lien social. Dans le même ordre d’idée, Hayate El Aachouche, responsable de la cellule diversité chez BECI (la chambre de commerce bruxelloise) nous raconte avoir découvert que son organisation était totalement inconnue de la radio AraBel, populaire parmi la communauté arabe de Bruxelles.

Derrière l’anecdote se cache le constat de deux mondes qui ne communiquent pas. Certes la bonne volonté pour jeter des ponts est (enfin) là, vers l’ABPM, surtout belgo-maghrébine, mais aussi les organisations turques Eyad ou Müsiad. Mais la base reste fort cloisonnée. Par méconnaissance, par peur de ne pas être à sa place parmi les « Gaulois », par crainte des préjugés (réels), par repli identitaire aussi …

Résultat des courses : un entrepreneuriat « issu de la diversité » quasiment invisible. Et pourtant … Comme le pointe BECI dans son Livre blanc sur la diversité, 65 % de la population en Région bruxelloise entre 18 et 65 ans est d’origine étrangère. Bien qu’il n’y ait pas d’études qui chiffrent précisément l’impact économique des personnes d’ascendance étrangère, la démographie donne à penser que l’entrepreneuriat allochtone ne cesse d’augmenter.

En 2014, 22.284 étrangers ont débuté une activité. Ils représentent 23,01 % de l’ensemble des starters, avec une nette augmentation des Roumains ces dernières années. Si on y ajoute les Belges d’origine étrangère – essentiellement marocaine ou turque – ce pourcentage augmente sensiblement. Déjà en 2007, l’ABE (maintenant impulse.brussels) avait estimé qu’il y avait à Bruxelles davantage d’entrepreneurs allochtones (53 %) qu’autochtones. Plus récemment, l’UCM a également constaté qu’une entreprise créée sur deux l’est par une personne d’origine étrangère.

Pourquoi alors si peu d’entrepreneurs allochtones dans les médias ou dans les conférences ? «  Je pense qu’il y a deux fois plus de dynamisme à créer une entreprise parmi les populations allochtones, mais aussi deux fois plus de faillites dans les deux ans  », avance Taoufik Amzile. Cette fragilité s’explique largement par l’entrepreneuriat par dépit, principalement dans le commerce et l’horeca. «  Les gens se lancent sans étude de marché, sans vision, et surtout chez les plus anciens, dans un business ethno-centré. Ces entrepreneurs s’enferment ainsi, volontairement ou involontairement, dans des silos communautaires  ».

A la base de tout, les problèmes de scolarité et de formation, causes bien connues d’un chômage qui atteint 40 % dans certains quartiers, sont évidemment pointés du doigt. «  Une discrimination se produit dès le début entre les écoles d’excellence et les écoles qui vivotent  », poursuit le président de l’ABPM, qui a eu la chance de faire des études universitaires puis une belle carrière dans la finance.

Sans diplôme, la seule perspective est d’essayer de créer son propre job, au petit bonheur la chance. Ou alors en souterrain, l’activité au noir étant une autre réalité incontournable. «  Nous leur disons : OK, vous allez générer un cash important pendant quelques mois pour vous acheter une grosse voiture ou une belle villa à l’étranger, mais à long terme, quelle trace laisserez-vous ici ? Quel sera votre investissement dans ce pays qui vous donne des opportunités ? Avec quels justificatifs allez-vous contracter un crédit immobilier ici ? Et votre pension ?  »

Les pistes pour que cet entrepreneuriat quantitatif devienne plus qualitatif ? Avant tout, améliorer l’offre scolaire, mais aussi inciter au réseautage, en mettant en avant quelques exemples d’entrepreneurs allochtones qui ont réussi.

Parmi ceux-ci figure Mahommed Mechbal, fondateur de Mia Trading, 3e grossiste de produits alimentaires ethniques en Europe. Il emploie une bonne vingtaine de personnes, quai des Usines, à Bruxelles : «  Des ghettos se sont créés chez nous depuis les années 90. Au Canada par exemple, l’entrepreneuriat allochtone est beaucoup plus intégré dans la masse. Les Belgo-Marocains ont eux-mêmes amplifié cette marginalisation, par un repli communautaire. Or, il ne faut pas avoir peur de nous montrer comme entrepreneur ambitieux et pas comme l’Arabe de service », déclare le chef d’entreprise.

Des PME d’allochtones aussi vivaces que fragiles

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