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Ayoub Assabban : « Il y a plus exigeant que le patron, c’est le client »

 A l’aube de la quatrième révolution industrielle, les start-up éclosent un peu partout dans le monde. En Belgique, on ne déroge pas à la règle. Ayoub Assabban, co-fondateur de Benjago fait partie de ces jeunes qui ont décidé de prendre la route qui les mènera au succès. Rencontre. 

 

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Vous êtes co-fondateur de l’application Benjago. En quoi consiste-t-elle ?

 Benjago est une plateforme où nous mettons en contact des personnes qui veulent apprendre à conduire avec des moniteurs brevetés et indépendants dans le cadre de la filière libre.

Comment vous est venue l’idée de créer une application qui dispense des cours de conduite à moindre coût ?

Tout est parti d’un constat. Ma sœur a déboursé plus de 2000 € pour son permis et ne sait toujours pas conduire. Il existe en Belgique une alternative légale qu’est la filière libre. Cette dernière est sous-exploitée car elle n’est utilisée la plupart du temps qu’avec des proches qui se dévouent pour s’improviser moniteurs. A ce moment-ci m’est venue l’idée de créer une application qui professionnaliserait la filière libre. Benjago se situe entre deux mondes à savoir l’auto-école et l’apprentissage familial.

Les auto-écoles ne voient pas d’un bon œil Benjago et affirment que vous faites de la concurrence déloyale. Que leur répondez-vous ?

 Au vue de ce que l’on a pu vivre en termes de procédures légales, si Benjago fait de la concurrence déloyale aux auto-écoles, il faudra prouver que la filière libre est une alternative déloyale. Nous concentrons nos services qu’à destination des personnes qui veulent passer leur permis en filière libre. C’est un segment bien défini.

Vous êtes à l’image de cette nouvelle économie qui tend à une uberisation de la société. Que pensez-vous de ce modèle de société ?

Premièrement, nous n’avons pas la prétention d’être Uber. Nous ne sommes pas encore valorisés à plusieurs dizaines milliards de dollars. Pour moi, il y a deux services Uber. Premièrement, il y a un service Uber qui consiste à mettre en contact les particuliers qui travaillent et fournissent un service. Et d’un autre côté, il y a une plateforme destinée aux professionnels indépendants. Pour la première partie d’Uber, Benjago ne s’y identifie absolument pas. Nous nous identifions plutôt à la deuxième partie où il y a un marché professionnel d’indépendants disposant d’un outil de travail pour faciliter leur quotidien.

 

« Quand on crée une start-up, on ne sait pas si on va encore exister dans les trois prochains mois »

 

Comment voyez-vous l’évolution de Benjago dans cinq ans ?

 Quand on crée une start-up, on ne sait pas si on va encore exister dans les trois prochains mois. Donc une projection de cinq ans, c’est compliqué (rires). Lorsqu’on fait une rétrospection de notre parcours, on remarque que nous nous sommes lancés à Bruxelles, ensuite nous nous sommes implantés à Charleroi, à Mons, à Liège, à Louvain-la-Neuve, à Namur et à Mouscron. Dans les prochains mois, on compte s’installer dans plusieurs villes en Flandre.

Une envie de se développer à l’international ?

 Sur le long terme, on compte s’implanter à l’étranger. On aimerait concevoir un modèle qui soit facilement adaptable dans les pays dans lesquels on compte travailler. A cet effet, nous sommes très attentifs à la législation européenne. Le permis de conduire va devenir une matière européenne. Nous sommes en Europe et chaque pays a un cadre légal bien spécifique. Nous sommes pour une harmonisation d’une législation du permis de conduire à l’échelle européenne. Nous passerions d’un marché de 10 millions à un marché de 300 millions d’individus.

Vous êtes trois étudiants à avoir créé cette start-up. Il est donc possible d’être entrepreneur et étudiant en Belgique ?

Récemment a été créé le statut de jeune entrepreneur et étudiant en Belgique. Est-ce que c’est possible ? Oui. Est-ce que c’est facile ? Non. Cela demande énormément d’organisation. Nous avons beaucoup de chance car nous sommes une équipe pluridisciplinaire. Je me charge de la partie business. Mon associé Amaury se charge de la partie légale, étudiant en droit à Gand. Et mon autre associé, Robert est étudiant en polytechnique informatique à l’ULB. Chacun de nous peut mobiliser ses ressources sur sa matière sans que l’un empiète sur le travail de l’autre. Cela facilite beaucoup de choses.

Vous avez participé l’année dernière au concours Start Academy, concours destiné aux étudiants qui veulent entreprendre. Est-ce que ça a été le déclic qui vous a poussé à vous lancer ?

Non, parce que Benjago a été pensé avant même que je participe à ce projet. Nous avions lancé une page qui faisait un teasing de notre future application. Nous l’avions surnommé Sur ma route. La Start Academy est un excellent moyen pour les b.a.-ba, comprendre l’esprit de l’entreprenariat, comprendre qu’il faille confronter son idée au plus vite. C’est très bien d’être face à un jury doté d’experts qui va challenger notre projet. Cela n’a pas été mon déclic mais un bon incitant à comprendre.

Pour vous, entreprendre c’est ?

 Entreprendre c’est la liberté. Orwell disait ironiquement, bien sûr, que la liberté c’est l’esclavage. Le problème est qu’on a une fausse idée de l’entreprenariat. Du moins, j’avais une fausse idée de ce qu’est entreprendre. Entreprendre c’est la pire idée qui soit si on ne veut pas de patron. Car il y a plus exigeant que le patron, c’est le client. Un client mécontent, c’est le plus grand des patrons. Je dirais qu’entreprendre c’est donner un sens à sa vie.

Un conseil pour réussir dans la vie ?

 Depuis que j’ai créé Benjago, je n’ai jamais été aussi heureux par contre ma santé est entamée. D’abord, pour prétendre réussir dans la vie, il faut définir cette réussite et voir comment l’atteindre. De l’extérieur, des avis qui me sont parvenus, les gens pensent que tout est rose, que l’on décolle comme nous faisons partie d’un des accélérateurs de Start-up (The Family) les plus prestigieux d’Europe. Mais le quotidien est éprouvant. Nous sommes trois et nous avons toujours plus de demandes. Qui dit volume dit des personnes mécontentes. Nous avons des listes d’attente qui vont jusqu’au mois de mars ! D’où l’importance d’être humble, car si vous êtes arrogant et que vous vous cassez la figure, personne ne sera là pour vous relever. Vous m’aviez demandé de me projeter dans cinq ans. Je suis incapable de vous répondre. Il suffirait qu’il y ait une attaque plus intelligente que notre concept et nous mettrions les clés sous la porte dès demain.

Propos recueillis par Mouâd Salhi

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